EDS Chapitre 9

Salut,

Ça faisait longtemps mais voilà un chapitre d’EDS, un flashback.

Vous voudriez voir quoi comme statistiques dans une réalité virtuelle?

Dites le dans les comms.

Enjoy mes agneaux.

Chapitre 9: Jax (Partie 1)

Une brise glaciale balayait le pied des Montagnes d’Atyrie. Dans cette région reculée, aux confins Nord de l’Empire des Sept, le vent soufflait la majorité de l’hiver. Inlassablement, il venait fouetter les grands pins peuplant le flanc de la montagne, ainsi que ses autres habitants. Une tâche beige progressait au coeur de la forêt enneigée. L’homme vêtu d’un manteau de laine naviguait d’arbres en arbres, laissant courir ses doigts sur les troncs qui lui étaient si familiers. Maintes fois, il avait parcouru cette forêt. Enfant, il venait s’y perdre pendant des heures, observant avec émerveillement la cime de ces géants. Puis, quand il eut l’âge de tenir une hache, c’est son père qui l’emmena en forêt pour lui transmettre son art. Au fil des jours, des mois, des années, il avait appris son futur métier, accumulant la somme des connaissances de toute une vie d’artisan. Comment évaluer l’âge d’un arbre, détecter la présence de parasites, quel type de bois pour quel type de travail, bois tendre ou dur en fonction des besoins.

Il s’arrêta net, certain d’avoir trouvé ce qu’il cherchait.

Ses doigts effleurèrent les crevasses de l’écorce d’un mélèze majestueux, l’arbre culminant au bas mot à trente mètres de hauteur. Un arbre idéal pour retaper les chaumières du village, un bois dur qui servira comme charpente ou à barder les maisons. Après une importante chute de la température, la neige était tombée plus tôt que d’habitude et l’hiver s’annonçait rude. Les dégâts ne tarderaient pas à pointer le bout de leur nez non plus. Conscient de la charge de travail qui l’attendait à l’arrivée du printemps, Jax était parti en repérage. Satisfait de sa trouvaille, il marqua d’une croix à la hache la croûte grisâtre de l’arbre. Il se voyait déjà ramené ce magnifique spécimen de pin dans son atelier pour l’écarisser. Combien d’heures avait-il observé son père pour maîtriser les gestes ? L’angle de coupe pour attaquer le bois, presque à plat pour ne pas abîmer la chair de l’arbre. Il ne suffisait pas de déshabiller l’arbre de son écorce, il fallait le faire tout en refermant les pores de l’arbre. Faute de quoi, le bois ne ferait pas son office, pourrissant aux premières pluies. Ce géant ne servirait pas qu’à la charpente, taillé en planche, il se retrouvera sur toutes les toitures et les façades du village pour les protéger des intempéries.

L’arbre marqué, Jax glissa sa hache à la ceinture de son pantalon de laine. Contemplatif, il finit par se détourner de l’arbre et reprendre le chemin du village. La neige était fraîche, ses bottes en cuir épaisse s’enfonçaient d’un bon pouce à chaque pas. Au sortir de la forêt, les premiers bâtiments d’Albourgh se découpaient à quelques centaines de mètres en contrebas. C’était le four du village que Jax croiserait en premier, et juste à côté se trouvait le grenier. Dans une région où la culture traditionnelle du blé n’était pas possible, les gens utilisaient la châtaigne comme base de leur alimentation. Jax ne pouvait se rappeler d’un temps où la récolte de châtaigne ne rythmait pas la vie du village. Dès septembre, les villageois secouaient les branches lourdes de fruits épineux pour remplir le grenier. Les réserves stockées devaient leur servir à passer l’hiver. Une fois le printemps de retour, la tonte des moutons reprendra et il sera temps de descendre en ville pour s’approvisionner.

Devaient…c’était bien ça le problème pensa Jax.

Avec les gelées précoces de cette année, la majorité des châtaignes déjà aux sols avaient pourri. Le village se retrouvait avec un grenier à moitié vide et la plupart des familles devront se serrer la ceinture bien avant l’arrivée des beaux jours. Que devraient-ils faire alors ? Il savait déjà qu’ils allaient devoir prélever dans le troupeau beaucoup plus de têtes que d’habitude. Le simple fait d’y penser lui donnait la migraine. Qui disait moins de moutons, disait moins de matières à marchander en ville une fois l’hiver passé. Les habitants du coin menaient une vie dure et en avaient vus d’autres mais pourquoi fallait-il que cela tombe cette année se maudit Jax.

Un grincement de porte le tira de sa morosité et s’arrêta. C’était le vieux Colrain, debout devant l’entrée du grenier, il semblait plongé dans ses pensées. Le vieil homme avait la physionomie si particulière aux personnes de son âge, sa peau parcheminée recouvrait des muscles fins et secs. Le visage émacié, les os saillaient au niveau de ses joues si bien que ses yeux semblaient être deux petits lacs bleus azur enfoncés dans les orbites. Le front plissé et les lèvres pincées en une mince ligne, ses doigts noueux se repliaient et se dépliaient successivement.

– Alors Colrain, tu comptes encore le peu que nous avons ? demanda Jax. Comme si tu ne l’avais pas déjà fait aujourd’hui ironisa-t-il.

Pris par surprise, le manège de ses mains s’arrêta et Colrain se mit à grommeler à l’intention de Jax.

– Je suis responsable du grenier et c’est ma tâche de gérer au mieux les réserves du village, prit-il la peine de préciser.

Dans un si petit village, tout le monde avait une mission qui lui

était propre et connu de tous.

– Colrain, tu sais aussi bien que moi que ça ne nous nourrira pas la moitié de l’hiver. Ce n’est pas compter tous les jours qui changera les choses. Nous allons devoir trouver des solutions, c’est pour cela que le conseil se réunit ce soir.

– Je le sais très bien se rembrunit Corlain, et je serai là! Ce n’est que ton deuxième conseil Jax, et le premier sans ton père, alors tâche de montrer plus de respect envers tes aînés que tu ne le fais maintenant.

Jax se sentit honteux, il n’avait pas pu s’empêcher de faire la leçon à Corlain. Il faut dire qu’on se demandait parfois si ce vieux têtu ne préférerait pas rationner le village indéfiniment plutôt que de faire diminuer les réserves. Malgré ça, Corlain était un homme qui accomplissait son devoir, et un aîné auquel il devait le respect.

– Excuse-moi Corlain dit Jax, la mine contrite.

Ce dernier n’émit qu’un grognement approbateur avant de prendre le chemin de sa chaumière, soit l’allée centrale puisqu’il n’y avait qu’une rue à Albourgh. Du côté nord et sud s’alignaient une douzaine de maisons pour une cinquantaine de personnes. Toutes étaient faites selon le même modèle, des chaumières classiques en pierre mais bien isolées grâce au travail d’Erol, le couvreur, et de Jax. Une maison dénotait par sa taille. Celle au bout de la rue, soit à l’entrée du village, qui faisait face au sentier descendant vers la plaine et la ville la plus proche, Casne.

C’était la seule maison du village à avoir deux étages. Le chef du conseil et sa famille l’occupait. Le village fonctionnait comme ça, toutes les décisions étaient prises après une réunion des membres du conseil, et le chef n’avait le dernier mot qu’en cas d’égalité. C’était également lui qui accueillait les visiteurs de passage, bien que très rares. À vrai dire, Jax n’aurait voulu être chef du conseil pour rien au monde, car il accueillait principalement les collecteurs de taxes du baron de Casne.

Les bêlements des moutons dans la grange sortit Jax de sa contemplation. Parcouru par un frisson à force d’être resté dans le froid sans bouger, il se précipita chez lui, trois maisons avant celle du chef.

À peine entré, il fut accueilli par la chaleur réconfortante d’un feu de cheminée et l’odeur du ragoût en train de mijoter dessus.

Un ragoût…pensa Jax en faisant la moue.

Son regard se posa sur le dos de sa femme et ses longs cheveux blonds tressés. Penchée au dessus de la marmite, son ventre bien rond l’empêchait de voir le contenu du récipient en bronze. Une vague d’inquiétude le submergea en pensant à son enfant à naître et les problèmes de nourriture qui s’annonçaient. Toutes ses angoisses se dissipèrent aussitôt quand Liri tourna son visage vers lui. Un sourire radieux se dessina sur son visage de poupée, illuminant toute la pièce. Les tâches de rousseur sur le haut de ses joues venaient renforcer la douceur de ses yeux noisettes.

Bizarrement, elle avait les sourcils froncés mais cela ne faisait que rendre encore plus adorable ce petit bout de femme. Jax s’était toujours demandé comment elle avait pu accepter de devenir sa femme. Il se sentait si pataud parfois, et avait tellement peur de la blesser. Du haut de ses 1,90 m et avec sa carrure imposante, son adolescence passé à couper du bois, il la faisait disparaître complètement lorsqu’ils s’enlaçaient.

Liri s’approcha jusqu’à lui faire face et finit par déclarer d’un ton ferme.

– Je sais ce que tu penses, mais c’est une occasion spéciale et il fallait la fêter! Jax n’eut pas

le temps de rétorquer qu’elle ajouta, C’est ton premier conseil seul, et tu le mérites.

Les poings plaqués sur les hanches, Liri le mettait au défi de discuter ses arguments. Comment une femme aussi douce pouvait faire preuve d’un tel entêtement. Jax sourit à l’idée qu’en ce moment, sa femme lui paraissait tout aussi imposante et forte que lui.

Après un soupir, il la prit dans ses bras aussi délicatement qu’il le pouvait.

– Je suppose qu’une exception ne nous fera pas de mal admit-il, mais c’est la dernière.

Jax sentit les épaules de Liri se relâcher contre lui et goûta pleinement ce moment de bonheur avant d’être interrompu.

– Oh les jeunes, vous allez faire rougir ce pauvre vieil homme.

– Papa ? Il fallait frapper avant d’entrer si tu ne voulais pas heurter ta pudeur, dit Jax en étouffant un rire.

– Alors maintenant, un père doit s’annoncer avant de venir souhaiter bonne chance à son fils ?

Jax se retourna sous les yeux rieurs de son père. L’homme aux cheveux grisonnants était aussi large d’épaules que Jax mais faisait deux bonnes têtes de moins que lui. Les rides au coin de ses yeux et de sa bouche lui donnait une expression joviale.

– Je vois que tout le monde s’est donné le mot répondit Jax. Tu veux te joindre à nous pour le souper ? Liri a fait du ragoût.

– Non, je veux pas vous déranger plus que ça.

– Vous êtes sûrs Arald ? ajouta Liri. Il y’en a largement assez pour trois.

– Ne t’inquiètes pas Liri, et puis n’oublies pas que que tu manges pour deux. En plus Maghda va me tapper sur les doigts si je ne rentre pas pour goûter sa cuisine, continua Arald, le visage encore plus expressif que d’habitude.

Liri gloussa et Jax s’attendrit à la vue de son père. Il méritait d’être heureux. Sa mère était morte en couche et son père n’avait jamais pris d’autres femmes, investissant toute son énergie dans le village et l’apprentissage de son fils.

– Ah ça suffit vous deux, on ne se moque pas de ses parents déclara t-il. Bon, je vous laisse. Bonne chance fils, et prend bien soin du village ce soir.

– Ne t’inquiètes pas, papa. Rentre bien.

Jax et Liri regardèrent Arald progresser de sa démarche claudicante vers l’habitation de Maghda. Une vie à travailler le bois lui avait laissé quelques cicatrices et des articulations ankylosées.

***

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2 réflexions sur “EDS Chapitre 9

  1. Merci pour ce super chapitre!
    Tu t’es renseigné pour la description de la coupe du bois ? Ca a l’air super réaliste, c’est génial et super bien décrit ^^
    Vivement la suite!
    Pour les stats, je sais pas trop, je joue pas beaucoup aux jeux vidéo, mais celle auxquelles je pense en premier c’est force, vitalité, intelligence, sagesse, agilité, chance, dextérité et peut être un truc du genre résistance mentale

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