Chapitre 1 – Il était une fois

Kerah était un pays réputé pour son temps glacial, où seuls les étés avaient le pouvoir de changer les draps de la terre, du blanc au vert.

Son territoire était entièrement battu de blizzards et autres caprices de la nature. Même les nuages, qui flottaient paresseusement dans le ciel, étaient composés entièrement de glace, au point d’avoir plus l’aspect de masses à piques défiant la gravité qu’à du coton, comme partout ailleurs. À cause de cela, ses habitants étaient désormais à l’image de ce pays : froids et rigides.

Tous y étaient pieux, car leur foi leur permettait d’espérer un lendemain meilleur au sein de ces terres si impitoyables, et rares étaient ceux qui y fermaient les yeux avec la garantie de les rouvrir le lendemain matin.

Cependant, certains endroits détonnaient fortement avec le reste du paysage. Des oasis avaient pu voir le jour grâce à des sages, appelés Miktsoanes. Ils avaient transcendé leur condition d’humain, ainsi que certaines règles de la nature, et permis au reste de l’humanité de baigner dans leur gloire, grâce à des installations permettant de vivre dans de bonnes conditions.

Un de ces havres de paix était un village du nom d’Eden.

Alors que dans la majorité du pays le ciel n’était qu’une autre source de danger mortel et éternellement gris, le ciel au-dessus du village était bleu clair, et l’on y apercevait des colombes plus blanches que neige. Neige qui avait laissé place à des champs parcourus d’arbres verts de vie, tandis que les toits des maisons, accueillantes et chaleureuses, laissaient voir leurs tuiles rouges.

Au cœur de ce village se trouvait une statue de 25 mètres de haut, représentant une balance en bronze devenue verte à cause du temps. Elle dégageait un air de puissance, donnant l’impression de brûler de l’intérieur quiconque la fixait trop longtemps.

Devant celle-ci, se trouvait un vieil homme faisant classe à des enfants d’une douzaine d’années qui l’écoutaient avec passion, sans le quitter une seconde des yeux. Tous sauf un, prénommé Esh, rêveur, paraissant absent, ses yeux gris tournés vers le ciel dans l’espoir d’y trouver quelque chose de plus intéressant que les paroles du vieillard, pour chasser la léthargie qui l’envahissait davantage à chaque mot sorti de la bouche du professeur :

̶  Au commencement, il n’y avait que le Père notre Dieu, Il était tout et tout était Lui ! Un jour fut le premier jour, car Il décida de créer le temps, et ainsi commença le commencement. Puis Il créa la matière qui, avec l’aide du temps, réussit à se transformer en astres et continents…

… Et enfin, Il créa la Vie ! s’exclama le vieil homme d’un air théâtral qui fit sursauter certains enfants, mais pas Esh, trop habitué aux coups d’éclat du professeur…

… La vie était passionnelle, belle, mais également violente et imprévisible ! …

… Une fois sa création achevée, Dieu l’examina dans son ensemble, de la même manière qu’un peintre s’éloigne de son œuvre pour pouvoir l’apprécier. Mais ce qu’Il y vit l’irrita. Il voulait créer un univers à son image, stable et complet ! Neutre et parfait ! Équilibré ! …

… Mais voilà, la vie était trop imprévisible : sur certaines planètes, elle était vile et tyrannique, contenant des espèces qui n’hésitaient pas à en tyranniser d’autres, les exploitant jusqu’à ce que mort s’en suive ! …

… Tandis que sur d’autres planètes, certaines espèces étaient si respectueuses les unes des autres, ainsi que de la matière aux alentours, qu’elles n’évoluaient plus et stagnaient dans l’état dans lequel elles avaient été créées ! La matière, quant à elle, n’en faisait qu’à sa tête, et il n’était pas rare que des continents géants entrent en collision les uns avec les autres ! Même le temps était instable par son infinité. Afin de résoudre les problèmes de ces trois piliers de l’univers (le temps, la matière et la vie), Dieu décida de cr……

« RRROOONNN…… »

Bercé par les paroles du professeur, Esh n’était pas parvenu à se retenir davantage, et s’était endormi en poussant un ronflement particulièrement bruyant, qui arrêta le professeur au milieu de son explication passionnée. Le vieil homme s’emporta, outré d’avoir été interrompu :

̶  Esh, debout ! s’écria-t-il, ce qui eut pour effet de réveiller le principal intéressé en sursaut. Comment oses-tu dormir pendant mes leçons ? Ce n’est pas comme si tu pouvais te targuer de connaître comme il se doit l’histoire de la création et des 3 piliers !

Esh grimaça, contrarié de se faire réprimander devant tous les élèves. Il se leva, et malgré sa petite taille, expliqua au professeur avec toute la prestance dont il était capable :

̶  Dieu a ajouté une fin au commencement, afin de créer des cycles de vie et de mort dans l’optique d’un renouvellement constant, et a ainsi stabilisé le temps. Puis Il a créé le destin, pour que chaque élément suive le chemin qui lui est attribué en étant attiré par son futur. Cela a transformé les continents en planètes, et a aussi permis à chaque être de se guider grâce aux étoiles. Et finalement, afin d’instaurer un équilibre entre le bien et le mal parmi les êtres vivants, Il créa l’homme à son reflet. Il possède comme rôle de répandre le mal quand l’univers tend trop vers le bien, et de répandre le bien dans le cas contraire, afin de restaurer l’Équilibre.

Le professeur fut momentanément déconcerté qu’un enfant de seulement treize ans sache si bien expliquer un sujet pourtant complexe, mais eut vite fait de réaliser que cela était sûrement dû à l’identité de son père.

̶  Humf… Je vois que le Grand Prêtre a éduqué son unique fils de manière convenable dans au moins un aspect… Rassis-toi et ne t’avise pas de te rendormir !

Taciturne, Esh s’assit de nouveau : son père était toujours un sujet délicat. Grand Prêtre du village, il était extrêmement strict avec lui et ses deux sœurs aînées, n’arrêtant pas de leur répéter que leur comportement se reflétait sur sa personne, et qu’ils se devaient donc d’être impeccables. Si c’était tout, ce serait encore supportable, mais il leur faisait subir des cours de théologie six soirs par semaine, et les obligeait même à préparer et à participer, tous les dimanches matins, à la cérémonie de l’Équilibre.

Le professeur s’apprêtait à reprendre son explication, mais fut de nouveau interrompu :

̶  Mais, professeur ! Mon père dit toujours que les hommes sont une espèce comme les autres, et que le Rééquilibrage est une excuse pour légitimer et perpétrer des actions viles contre d’autres peuples et espèces. Les humains ne sont que des produits de la vie, et l’Église de l’Équilibre est un système inventé afin d’asservir son pouvoir sur le peuple ! dit Dany Olamote d’une traite, avec un air de discours appris par cœur.

Étonnamment, l’enfant possédait de longs cheveux violets, trait unique de la famille Olamote. Le père d’Esh n’arrêtait pas de se plaindre de la famille Olamote. En effet, Monsieur Olamote ne cessait d’essayer de propager son idéologie anti-Équilibre au sein du village. Il répétait, à qui voulait bien l’entendre, que l’apparition des espèces était due à l’évolution et non à un dieu, et que tous les « miracles » avaient des explications purement scientifiques. Il utilisait souvent la civilisation Geth comme argument. Seulement apparue depuis quelques milliers d’années, elle était à présent l’une des civilisations les plus dominantes dans le système des 21 grâce à ses avancées technologiques et à ses idéologies favorisant le rationnel et le pragmatisme plutôt que la foi.

De plus, Monsieur Olamote n’était pas la seule épine dans le pied du Grand Prêtre. Madame Olamote se déclarait féministe, et mettait toute son énergie dans un mouvement pour le droit des femmes, encourageant celles-ci à réclamer plus d’égalité pour s’émanciper des dogmes sacrés de l’Église de l’Équilibre. L’Église n’accordait pas aux femmes la citoyenneté tant qu’elles n’étaient pas mariées. Elle statuait également qu’une femme respectable se devait de faire le plus d’enfants possible, afin que les humains puissent proliférer sur cette terre et remplir leur mission divine.

En temps normal, le père d’Esh aurait pu adopter des sanctions à l’égard de cette famille, mais elle faisait partie (bien que de manière très éloignée) de la dynastie Olamote, celle qui contrôlait politiquement le pays.

̶  Hérésie ! s’exclama le prêtre en réponse à la remarque de Dany. Ton père ferait mieux de mettre de l’ordre dans sa maison et de contrôler sa femme au lieu de dire de telles bêtises !

Une fois le rire des autres élèves calmé suite à sa boutade, le professeur continua le cours sans interruptions supplémentaires. Une fois la leçon enfin terminée, les autres garçons se précipitèrent vers une zone de jeux avec un ballon. L’un d’eux se tourna vers Esh :

̶   Tu viens avec nous ?

̶   Laisse-le, tu sais bien que prêtre junior a mieux à faire que de traîner en notre modeste compagnie…, intervint Moti, le leader autoproclamé de la classe, qui avait l’air de considérer qu’un moment sans lancer de piques à Esh était un moment gâché.

Esh ne prit pas la peine de répliquer et partit en direction de sa maison. Ce n’est pas comme s’il n’avait pas aimé jouer avec les autres, mais demain sera le jour de l’Équilibre. Il devait donc faire des préparations pour celui-ci avant de subir l’inévitable cours de théologie du soir. Esh se dirigea donc vers chez lui, tête baissée, se vengeant de cette journée exaspérante en tapant du pied dans chaque gravillon qui avait le malheur de croiser sa route, quand soudain…

̶   Aïe ! Regarde devant toi quand tu marches !

Surpris par le choc reçu à la tête, Esh se retrouva fesses contre sol. Devant lui se trouvait Yafa, la grande sœur de Moti, également par terre, en train de se masser le ventre. Esh la regarda en train de réarranger ses cheveux qui s’étaient défaits en tombant. Même s’il avait du mal à se l’avouer, Esh avait un faible pour Yafa. La voir exercer le rite des flammes l’avait profondément marqué. Il se souvenait parfaitement d’elle en train de danser et chanter, avant de faire subitement jaillir des flammes de ses mains bougeant au rythme de sa voix, puis de la voir ramener toutes les flammes vers elle et…

̶  Tu pourrais t’excuser au moins !

̶   Désolé, je… euh…, dit-il gêné, sans même oser la regarder dans les yeux.

̶  Humpf… je me souviens de toi, tu es le fils du Grand Prêtre, et tu te trouves également dans la classe de mon petit frère. Esh, c’est ça ?

̶   C’est ça, dit-il, tout en se sentant idiot de ne rien trouver de mieux à répondre.

̶  J’espère qu’il se comporte de manière studieuse au moins.

̶  Euuuh…

̶  Je vois…, dit-elle avec un regard qui en disait long sur le sort qui attendait Moti. Et puis, un conseil, la prochaine fois que tu parles à une fille, essaie de faire des phrases constituées de plus de deux syllabes ! râla-t-elle une dernière fois avant de continuer sa route.

Les oreilles d’Esh devinrent immédiatement écarlates. Si seulement il pouvait posséder le même pouvoir que le chef bâtisseur et disparaître sous terre !

̶  Je m’en souviendrai pour la prochaine fois…, parvint-il à articuler avec difficulté, au moment où Yafa se retrouva à sa hauteur.

Il rejoua ensuite la conversation dans sa tête et gémit intérieurement. Moti ne manquerait pas de lui faire payer d’avoir vendu la mèche sur son comportement scolaire.

Soucieux, c’est à peine s’il se rendit compte qu’il venait d’arriver au manoir familial, une bâtisse construite en bois au teintes rouges, composée de deux étages et équipée de fenêtres en forme de hublot. Compte tenu de la position de son père au sein du village, elle était assez modeste. Toutefois, sa partie favorite du manoir n’était pas à l’intérieur, mais au-dessus, où se trouvait une terrasse au niveau du toit, sur laquelle il adorait contempler les étoiles en rêvassant.

Mais pour Esh, l’heure n’était pas à la contemplation, mais à la mortification. Et pour cela, il y avait, dans le manoir, un endroit bien plus adapté… Il monta les marches quatre à quatre, et se jeta sur son lit en enfouissant sa tête sous l’oreiller avant de hurler dedans:

̶  Quelle journée de merde !

Mais avant qu’il eût le temps de déverser toutes ses frustrations sur son oreiller qui, lui, n’avait rien demandé, une voix se fit entendre du rez-de-chaussée :

̶  Esh ! Descends tout de suite ! Les préparatifs pour demain ne vont pas se faire tout seuls !

Cette voix appartenait à Evelle, la plus jeune de ses sœurs. Esh ferma les yeux et soupira. Cette journée était loin d’en avoir fini avec lui.

 

Bonjour, j’espère que vous avez aimé ce chapitre, n’hésitez pas a laisser des commentaires, bonne journée !

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