Les Contes Angéliques

Salut à tous,

Aujourd’hui, je vous fait découvrir l’oeuvre originale d’un de mes collègues de travail!

Je pense que cela va vous plaire vu que cela raconte les péripéties d’un groupe d’anges combattant les anges noires ou démons.

Il a déjà auto-publier 5 tomes qui sont tous disponibles gratuitement en ligne 🙂

C’est bien évidemment le chapitre 1 du premier volume que je publie ici, mais sachez que chaque volume est indépendant, vous n’avez donc pas besoin de les lire à la suite.

Les Contes Angéliques sont sur le KINDLE d’Amazon, sur ITUNES d’Apple, et aussi GOOGLE PLAY Livres.

Enjoy!

Exserra.

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CHAPITRE ILE CHAMP DE BATAILLE

Je me souviens.

Je me souviens d’une grande guerre entre plusieurs peuples devant une ville nommée Troie. Les hommes connaissaient déjà le mal et s’en servaient pour leur propre compte. J’ai vécu des milliers de vos années d’homme, j’ai combattu lors de si nombreuses guerres que l’histoire ne peut s’en souvenir. Je me souviens d’innombrables batailles sur cette terre et au-delà. Je suis une création divine, un ange de la caste des guerriers créés par le souffle divin et les éléments. Je suis immortel et, comme l’un de vos soldats, j’agis sur ordre.

Je me souviens, c’était un matin d’hiver en 1917 sur une terre appelée France. Je revenais chez les hommes après une longue période d’absence. En sortant d’une couche de nuages grisâtres, nous survolâmes une forêt dense puis un village de paysans pour enfin atterrir sur un champ qui semblait vide de toute vie. Très vite, je me rendis compte qu’il ne s’agissait aucunement d’une étendue de terrain à cultiver mais d’un véritable champ de ruines.

« Tu as vu ça, Nathan ? » me demanda Daniel.

Je cherchai.

« Où sont-ils ? »

Mon ami ne me répondit pas. Je me retournai alors et vis qu’il y avait autour de nous une centaine de nos compagnons avec lesquels j’avais l’habitude de partir en mission, telle une armée romaine ailée qui aurait perdu sa légion.

Uriel était près de nous à une dizaine de mètres, nous étions en plein milieu d’une terre brûlée par les combats. Il nous regarda tout en repliant ses ailes immaculées, puis s’adressa à moi :

« Vous les ressentez mais vous ne les voyez pas. N’est-ce pas, Nathanaël ? »

Je mis quelques secondes pour lui répondre. Il faut dire que non seulement Uriel était notre chef, notre guide, mais même après tant de temps passé à ses côtés, sa cicatrice qui traversait son œil gauche de bas en haut rendait son visage terrifiant.

Nous étions éternels mais pas notre état. Et même si nous pouvions mourir sous les coups d’un ange satanique, nous étions assurés de nous réincarner tôt ou tard.

« Effectivement, Monsieur. Peut-être se cachent-ils ?

— Non, ce n’est pas seulement ça. »

Une pluie fine se mit à tomber. Elle ruisselait sur nos visages et nos armures, les salissant symboliquement encore un peu plus. Nous aimions nous percevoir comme ces hommes que nous aimions tant.

« J’ai déjà vu ce genre de guerre, ils ont peur et s’enterrent », marmonna Uriel.

Il se retourna enfin vers le reste de ses troupes divines, réajusta sa cuirasse antique et grisonnante qu’il portait sur sa poitrine, remit son glaive rouillé dans le fourreau accroché à sa ceinture de cuir, et, tel un fier général étrusque, il s’écria :

« Servez-vous de votre compassion, sentez leur peur et leur douleur, faites ce pour quoi le Divin vous a créé, trouvez-les et aidez-les ! »

Nous nous dispersâmes pour rechercher les soldats apeurés et je restai auprès de mon vieil ami. Il secoua la tête en faisant la moue et il posa ses mains sur ses hanches.

« Regarde-moi ça, encore un conflit de haine et d’horreur. Quand comprendront-ils enfin que tout cela est vain ?

— J’ai bien peur que ce ne soit pas la dernière guerre d’hommes à laquelle nous allons assister », répliquai-je à mon frère céleste.

Nous nous dirigeâmes ensuite vers un trou où de nombreux cadavres de soldats à moitié enterrés jonchaient le sol. Il nous fallut contourner le corps d’un cheval éventré à la chair fumante, il était resté accroché à son attelage qui avait basculé sur le côté.

Daniel se tourna vers moi.

« Ils n’ont pas eu le temps de ramasser leurs morts, on dirait que nous arrivons juste après la bataille.

— Oui, tu as raison. »

Sur le sol, il y avait du sang qui n’avait pas encore séché, des fusils et leurs douilles, un membre arraché et, là encore, le corps d’un fantassin dont le visage avait été gravement mutilé certainement par une explosion.

« Cette guerre est encore pire que toutes les précédentes », dit mon compagnon avec un certain énervement.

Notre instinct d’ange nous fit bifurquer vers un petit monticule de glaise d’où des complaintes sourdes nous parvenaient. Nous n’avions d’ailleurs pas besoin d’entendre des cris ou paroles pour ressentir leur besoin d’être aidés.

« Ils sont là ! » s’égosilla Daniel tandis qu’il marchait devant.

Aussitôt, trois autres membres de notre escouade nous rejoignirent d’un coup d’aile.

« Regarde, Nathan, ils ont creusé des tranchées, ils se cachent.

— Par le Divin ! »

Nous avions combattu si souvent côte à côte et tant souffert ensemble de blessures infligées par nos ennemis lors de guerres célestes, qu’il nous suffisait la plupart du temps de nous regarder pour nous comprendre. Il n’avait, comme nous tous, guère changé au cours de ces millénaires, seuls nos traits pouvaient évoluer suivant notre vécu et nos expériences. Daniel avait un regard qui dévoilait sa grande maturité, mais, mis à part le fait que nous semblions tous avoir une vingtaine d’années, nos visages se différenciaient autant que ceux des hommes. Il avait le teint mat, les cheveux noirs et courts. Il me faisait souvent penser à un soldat de la Grèce antique avec lesquels nous avions combattu autrefois, à cette différence près que son regard était d’un bleu extrêmement clair.

Je semblais quant à moi être originaire d’un autre pays avec ma peau blanche, mes traits européens, mes yeux marrons et mes cheveux châtains ondulés. Nous étions tous semblables comme des frères, mais le créateur nous avait différenciés sur de nombreux points, et pas seulement physiques.

« C’est par ici ! » leur indiquai-je.

Je fus le premier à sauter dans cette tranchée, elle avait une hauteur à peine supérieure à celle d’un homme. La boue l’avait en grande partie ensevelie, peut-être un éboulement à cause de la pluie ou bien ce combat qui venait d’avoir lieu. Une vingtaine de mètres plus loin, on devinait que cette excavation continuait vers deux sorties, à gauche et à droite. L’éboulement en avait coupé l’accès. Je me concentrai pour ressentir leur peine afin de pouvoir me précipiter vers eux au milieu des corps morts qui ne pouvaient plus être sauvés, pas même par un ange.

« Il faut retrouver les survivants », me dit Daniel.

Attiré par sa douleur, je m’avançai vers un amas de poutres de bois qui s’étaient effondrées sur plusieurs soldats pris au piège en dessous. Je m’écriai :

« Les blessés sont tous là ! »

Je pris le parti de m’occuper immédiatement d’un jeune fantassin qui semblait être à peine sorti de l’adolescence. La moitié de son corps était pris dans la boue et les débris, ce qui l’empêchait définitivement de bouger sans une aide de ses camarades. Mes frères se penchèrent aussitôt sur d’autres soldats aux environs.

Nous avions le pouvoir et le devoir angélique d’aider et de soulager les hommes en détresse à travers ce que l’on nommait entre nous, «le souffle» : ces paroles que nous leur adressions directement à leur conscience, comme une pensée furtive ou une intuition.

Je devinais que ce jeune soldat s’appelait Paul, il pleurait de peur et de douleur, sa jambe était coincée par l’une de ces poutres de soutènement tombée sur lui. Il implora ses camarades :

« Je vous en prie… quelqu’un, aidez-moi. Ma jambe est bloquée. »

Je me penchai et lui soufflai :

« Rassure-toi, tu n’es pas réellement blessé, tu n’as que quelques égratignures. Tu vas t’en sortir. »

Je vérifiai aussitôt que mon souffle lui était parvenu. Sa respiration se ralentit et il put se détendre légèrement, la panique s’envola finalement pour faire place à la raison.

Soudain, un autre fantassin lui répondit:

« Paul, je suis en train de me dégager. Tiens bon, j’arrive !

— Léon, c’est toi ?

— Oui. Ne t’en fais pas, on va s’en sortir. »

Léon avait une cinquantaine d’années, de petite taille. Il ramassa son casque tombé à côté de lui et le remit sur ses cheveux gris, puis il dégagea la boue qu’il avait sur ses yeux et sa moustache. Son expérience lui avait permis de s’agenouiller à temps en entendant le sifflement aigu d’un obus qui filait vers eux dans le vacarme de la bataille. Aniel avait soufflé à Léon les gestes qu’il avait dû faire pour se dégager de l’éboulement et du corps d’un soldat tué d’une balle en pleine tête, tombé sur lui juste avant l’explosion. Ils n’étaient plus que deux, Léon et Paul, sur une douzaine de soldats à ne pas être blessés ou tués.

J’observai mon ami Daniel qui était accroupi auprès d’un homme grièvement touché, son sang coulait de son cou en abondance. Il semblait être le plus jeune de ces hommes et était allongé sur le dos au milieu de la tranchée, la seule partie qui ne s’était pas écroulée sur elle-même. Sans laisser ma concentration vers Paul se relâcher, j’entendis le souffle de mon compagnon sur son martyre :

« Tu ne peux plus combattre désormais. Ne t’inquiète pas, ta souffrance ne durera pas longtemps. Tu seras bientôt au Paradis où ta mère t’attend déjà. »

Aussitôt, les yeux du jeune combattant se révulsèrent, puis, dans une ultime respiration vitale, il serra contre lui le fusil qui ne l’avait jamais quitté.

Daniel avait une telle compassion qu’il lui avait été confié la tâche supplémentaire d’être un ange accompagnateur dans la mort. En plus de sa mission de guerrier, il était souvent appelé par nos frères pour soulager un mourant sur le champ d’une bataille ou aux alentours. Cet instinct d’accompagnateur lui avait immédiatement montré l’homme le plus proche de la mort dans cette tranchée.

Léon arriva enfin. Il prit la main droite de Paul et tira de toutes ses forces tandis qu’il poussait la poutre pour libérer la jambe endolorie de son camarade.

« Allez, pousse ! Je vais te sortir de là ! »

Paul eut un cri de douleur.

« Ça fait mal ! »

Ils se relevèrent et ne purent que constater l’ampleur des dégâts faits par l’obus. Daniel se redressa également. Il replaça le fourreau de sa lame vers l’extérieur de sa hanche gauche, réajusta son plastron antique sur son torse et secoua la tête doucement de gauche à droite en regardant avec tristesse le corps devant lui.

« Encore un mort, en vain.

— Tu as fait ton devoir. Il est mort en paix grâce à toi, le rassurai-je.

— Nathan a raison, reprit Aniel qui volait vers nous juste au-dessus du sol boueux.

— Je sais, je sais… mais je ne m’y habituerai jamais, même après des millénaires », répondit Daniel, agacé.

Je posai la main sur l’épaule de mon vieux complice aux yeux si clairs et cela sembla le réconforter. Il était souvent nerveux et n’aimait pas la hiérarchie. De plus il n’acceptait jamais un ordre s’il ne lui semblait pas conforme à son éthique. Cela lui avait d’ailleurs valu de nombreux problèmes au sein de notre armée divine, même s’il avait beau être un guerrier hors pair et craint de nos ennemis héréditaires. Le fait d’être son ami n’était pas toujours une chose aisée.

Pendant que la pluie glacée s’arrêtait enfin pour laisser la place à une brève éclaircie rayonnante, nous vîmes l’un des nôtres survoler une tranchée un peu plus loin où juste sous ses pieds se déplaçaient des soldats de l’armée française venus en renfort. Cet ange les avait prévenu par ses souffles.

« Tenez bon. On arrive », dit une voix étouffée.

Nous les entendions appeler les noms de leurs camarades tout en déblayant et en creusant la gadoue et les matériaux qui obstruaient la sortie.

Celle-ci commençait déjà à s’entrouvrir pendant que Léon, soutenant Paul par le bras, encourageait leurs sauveteurs :

« On est là, les gars, mais il n’y a plus que Paul et moi. Dépêchez-vous ! »

Un soldat à l’allure bien propre qui devait avoir passé la nuit dans un abri creusé non loin, apparut dans son uniforme encore bleu horizon sans aucune salissure. Il tendit la pelle qu’il venait d’utiliser à un troufion de deuxième classe placé derrière lui sans même daigner le regarder, et il entra en premier dans la tranchée dévastée :

« Mon Dieu, Léon, que s’est-il passé ici ? On a entendu une longue salve de mitraille et une grosse explosion. »

Le jeune Paul se redressa et reprit son souffle.

« Ils nous ont eus par surprise.

— Ils ne sont pas loin, mon lieutenant, répliqua Léon.

— Continuez…», réclama-t-il avec une condescendance bourgeoise évidente.

Daniel déploya ses ailes et les survola à environ deux mètres au-dessus de leurs têtes pour ne pas les gêner dans leurs déplacements, nous détestions qu’un corps nous traverse.

Le vieux soldat expliqua :

« Mon lieutenant, nous surveillions aux jumelles un mouvement suspect à une centaine de mètres vers le Sud. Il nous a semblé qu’une tranchée adverse a été creusée précipitamment dans la nuit pour nous approcher. Tout à l’heure, au lever du soleil, nous avons encore entraperçu quelques mouvements, mais le temps que je dise aux gars de se relever et de prendre leurs armes, la mitraille s’est mise à nous arroser. »

L’officier à la moustache impeccablement coupée regarda en direction de l’ennemi comme s’il devait supporter à lui tout seul la totalité de la stratégie française.

« O.K. les gars… On repart immédiatement avant que les boches comprennent qu’ils n’ont pas fini de nous enterrer. Allez, on évacue tout de suite vers les tranchées arrière 25-1 et 25-2.

— À vos ordres ! » répondirent en chœur tous les soldats présents.

Certains partirent en courant, d’autres un peu plus inconscients, ou beaucoup trop résolus, prenaient leur temps presque nonchalamment.

Daniel alla à la rencontre de notre frère arrivé avec le renfort.

« Ils étaient loin ? » lui demanda-t-il.

Une fois posé, l’ange replia ses ailes dans son dos. Notre compagnon d’armes était parti immédiatement à la recherche de soldats français capables de venir le plus vite possible.

« Oui, assez loin, répondit-il, et j’ai eu du mal à souffler à ce lieutenant d’infanterie l’urgence de la situation. Il attendait un ordre qui ne venait pas. »

Ayant entendu leur conversation, je me rapprochai.

« Ça a toujours été le problème avec les hommes obéissants, ils ne suivent pas leurs intuitions.

— Je crois surtout que ces guerres les galvanisent », ajouta Daniel, non sans une pointe de cynisme.

Nous restâmes ainsi un instant, alors que Léon et Paul suivaient les membres de leur nouvelle unité vers des tranchées voisines plus éloignées et plus sécurisées. Notre frère les suivit aussitôt et il nous informa :

« Je pars avec eux, ne m’attendez pas. »

J’acquiesçai alors que Daniel et Aniel regardaient instinctivement vers le Sud. Je ne pus m’empêcher de tourner la tête dans la même direction afin de ressentir si l’on avait besoin de nous de l’autre côté.

« On y va ? demanda mon vieil ami.

— Il faut y aller, quelque chose ne va pas », continua Aniel en nous regardant.

Nous déployâmes nos ailes lorsque quelques claquements retentirent au-dessus de nos têtes. Uriel se précipita et atterrit juste entre nous et la tranchée adverse, comme pour nous barrer la route.

« Attendez, ordonna notre guide balafré, on vient juste de m’avertir que des anges noirs ont déclenché ce massacre. Il paraîtrait qu’ils soient toujours avec ceux d’en face. Dégainez vos glaives et suivez-moi ! »

Il y a mille générations, un immense conflit eut lieu dans les cieux et une grande scission en était résultée. Beaucoup d’anges suivirent un autre chef puis ils furent chassés de l’Eden. Nous connaissions tous cette histoire, même si la majeure partie d’entre nous n’avait été créée que beaucoup plus tard, à d’autres fins. Pourtant, ces anges déchus nous ressemblaient encore, leurs images mentales d’eux-mêmes nous les faisaient voir comme des soldats ténébreux. Leurs ailes ressemblaient non plus à celles d’une colombe mais plutôt à celles d’une chauve-souris, tout en gardant leurs grandes envergures originelles. Ils n’étaient pas revêtus de plastron antique sur leur poitrine mais simplement d’une toge de toile qui s’arrêtait à mi-cuisse. Cela datait de l’époque de ce grand schisme dans nos rangs. Ce morceau de tissu était ceinturé à la taille par un fin cordage. Comme nous, leurs pieds portaient des sandales semblables au cuir. Leur peau était grisâtre, leur teint sombre et leur regard glaçant, telle était l’image qu’ils donnaient d’eux-mêmes. C’était bien des démons au sens littéral, mais, contrairement aux plus infâmes bêtes que l’on trouvait en Enfer, ils demeuraient des anges et cela leur ouvrait les portes de la Terre. Ils traquaient, provoquaient et amplifiaient les pires pensées humaines pour leurs profits, dressant les hommes les uns contre les autres. Ils récoltaient les âmes les plus tourmentées. Nous les nommions fréquemment les anges noirs ou les rebelles.

À peine avions-nous sorti nos armes qu’une série de coups de feu brefs nous parvint de la ligne adverse, suivi immédiatement de forts hurlements.

« Vite ! » ordonna Uriel resté devant.

Nous survolâmes précipitamment la centaine de mètres qui nous en séparait. Trois anges noirs entouraient des soldats d’une unité allemande dans une tranchée qui était trois à quatre fois plus large que la précédente. Je me posai à très grande vitesse, pointant ma lame à quelques centimètres de la gorge du rebelle le plus proche afin de le surprendre dans sa démoniaque besogne. Il était en train de souffler à l’oreille d’un jeune Allemand sans grade qui, assis sur le sol, regardait en sanglotant son caporal debout face à lui. Mon instinct angélique ressentit l’effroyable angoisse de ce soldat, il s’appelait Karl.

Daniel, Uriel et Aniel se mirent au milieu du cercle qu’ils formaient, menaçant de leurs armes divines les deux autres anges sombres qui entouraient le caporal. Il tremblait de tous ses membres, de grosses gouttes perlaient sur son front et il semblait avoir sombré dans la folie. C’est alors que l’ange noir que je tenais en joue eut un rire nerveux rempli d’inquiétude. Il leva les bras en l’air tel un homme vaincu.

« Bravo ! Non, non vraiment… on ne vous a pas vus venir sur ce coup » argua-t-il.

J’ordonnai :

« Lâche-le, démon, ou je t’embroche ici même. »

Uriel, presque trop sûr de lui, tendit son bras droit en braquant son épée vers l’ennemi le plus proche :

« On ne vous laissera pas finir ! s’époumona notre guide balafré. Vous le savez bien. Lâchez vos lances et partez ! »

Il fixa nos adversaires sans hésiter, sans trembler, pour montrer sa détermination et sa force.

J’observai un instant du coin de l’œil un autre soldat allemand allongé sur le sol terreux, il baignait dans son sang. C’était un officier qui paraissait être leur chef, son corps mortellement touché de plusieurs balles gisait au milieu du cercle que nous formions. Le caporal, debout devant la dépouille, tenait dans sa main pendante son revolver encore fumant.

Soudain, comme un signe de la colère divine, les nuages qui s’étaient à nouveau amoncelés se mirent à gronder et une forte pluie tomba, précédée de nombreux éclairs. Le rebelle que je tenais toujours en joue observa rapidement ses complices et il inclina sa tête vers le bas, ses yeux sombres me fixèrent :

« Nous ne vous les laisserons pas, la fête vient juste de commencer.»

Il eut un rictus démoniaque, suivi d’un court silence, et il beugla :

« Celui-ci est à moi !

— Certainement pas », répondit Uriel.

Le caporal allemand, qui venait de se rendre compte de son geste, se mit à hurler de rage comme s’il avait pu ressentir l’influence diabolique qu’il avait reçu l’instant d’avant. Alors qu’il avait détourné tous les regards sur lui, l’ange noir à la droite du caporal tétanisé en profita pour empoigner sa lance et la planta instantanément dans le flanc de Daniel.

« Non ! » m’écriai-je.

Mon ami tomba agenouillé, tenant sa main sur sa hanche non protégée par sa cuirasse, puis il dévisagea le rebelle avec une colère presque haineuse qui ne lui ressemblait pas.

Aussitôt les mouvements s’accélérèrent : Aniel fit volte-face et d’un geste brusque trancha la tête de l’agresseur. Au même instant, Uriel désarma l’autre et lui décocha un coup mortel à l’abdomen. Pendant que je regardais mon compagnon blessé juste un instant, le troisième belligérant que je menaçais toujours de mon glaive me bouscula violemment et en profita pour s’échapper d’un coup d’aile noire.

L’emprise satanique se relâcha totalement sur le caporal avec le départ du dernier ange noir. Il se mit alors à sangloter et son regard fixe se mua en clignotements rapides. Il paraissait s’éveiller d’un horrible cauchemar.

« Mais… que… qu’ai-je fait ?! » marmonna-t-il en regardant son arme de poing dans sa main droite.

Le jeune Karl se releva de la boue et il lança :

« Il agissait sur ordre, caporal, il n’avait rien de personnel contre vous. Mais qu’est-ce qu’il vous a pris ? Maintenant, vous allez être fusillé. »

Le sous-officier paniqué, qui avait enfin repris le contrôle de ses esprits, se mit à courir vers la sortie de la tranchée.

Notre guide replia ses ailes et pivota vers moi :

« Qu’est-ce que vous attendez ? Poursuivez le rebelle !

— Mais… Daniel. »

Mon ami, assis sur le sol, leva ses yeux crispés par la douleur.

« Ne t’en fais pas pour moi, bafouilla-t-il dans un long soupir, je vais m’en remettre très vite. Fonce ! »

Je déployai mes ailes et tentai de poursuivre le démon vers la forêt toute proche où il semblait s’être précipité.

La pluie redoubla d’intensité lorsque je me posai dans une clairière non loin de la lisière. Beaucoup d’arbres commençaient à bourgeonner malgré le froid persistant et une brume typiquement hivernale rendait la végétation des alentours presque fantomatique. Je sortis à nouveau mon arme séculaire de mon fourreau, je savais que le démon était là. Il ne repartirait pas en sachant ses proies libres, ce n’était pas dans sa nature.

Une voix sombre retentit sur un ton calme et déterminé :

« Je te reconnais, ange immaculé, tu ne te souviens pas de moi apparemment.  C’est vrai que l’on se ressemble tous, nous autres. »

Il eut un rire sourd. Je fis un tour sur moi-même tout en restant au milieu de la clairière, la voix paraissait me tourner autour très rapidement.

« Eh bien, ironisa le rebelle arrogant, petit ange à la mémoire sélective.

— Je ne vois pas de quoi tu parles, démon, montre-toi et finissons-en ! »

Il rétorqua sans hésiter :

« Il y a un siècle ou deux, nous avons eu une discussion sur un champ de bataille terrestre semblable à celui-là. J’ai presque failli te recruter ce jour-là. »

Il finit par un rire long pendant qu’il semblait tourner dans l’autre sens.

« Je ne vois pas de quoi tu parles. Ne me tente pas. Allez, montre-toi !

— Petit ange s’énerve. Petit ange a oublié qu’il a déjà douté de sa mission. »

La voix s’était enfin arrêtée de virevolter. Je m’écriai :

« Cela suffit ! Sors du bois ou je viens te chercher. »

Le démon marqua un temps d’arrêt.

« Il est là. Il vient d’arriver pour se cacher dans ces bois. »

Il eut un râle presque animal et il poursuivit :

« Tu ne le sens pas ? Le traître s’enfuit. Et je vais le rattraper. »

Je ressentis instantanément la peur du caporal allemand qui venait de se rapprocher de nous. Par le Divin, pensai-je, il court droit dans la gueule du loup.

« Laisse-le ! Vous l’avez assez manipulé comme ça. Je ne te laisserai pas faire ! »

Le rebelle ne répondit plus. Comme sa voix provenait de ma droite, je me mis à courir dans sa direction.

Guidé par mon sens angélique, je retrouvai quelques instants plus tard le caporal qui s’était arrêté de cavaler. Il était debout devant moi sans me voir, sous la pluie battante. L’ange sombre se tenait à sa droite juste derrière pour lui souffler à nouveau quelques tentations sataniques.

La respiration rapide du soldat, mélangée de soupirs, laissa passer un murmure :

« Mais pourquoi ai-je fait cela ? Pourquoi ?! »

Mon ennemi me fixa d’un regard noir, il jubilait. Puis un large rictus se dessina sur son visage gris tandis qu’un éclair proche illumina la forêt et qu’un grondement sourd fit trembler l’air.

« Tu vois, petit ange, celui-là est à moi », dit-il d’une voix calme et déterminée.

L’homme dont la carrière de sous-officier de l’armée allemande venait de s’arrêter brusquement se remit à pleurer et ses larmes se mélangèrent aux gouttes de pluie.

Je m’adressai à mon adversaire tout en gardant mon glaive relevé, en tentant de lui faire détourner l’attention de sa proie :

« Non, je ne me souviens pas de toi. Mais je pense que cette âme torturée doit rester avec moi puisqu’il est innocent.

— Depuis quand les anges ont-ils des problèmes de mémoire ? ironisa-t-il. Nous adorons forcer la main des innocents, tu ne le sais toujours pas ? »

Un nouvel éclair illumina la forêt alors que le caporal sanglotant hurlait de toute sa peine. Je criai :

« Lâche-le, démon ! »

L’ange ténébreux eut un dernier rictus. Il tourna la tête déjà très proche vers l’oreille de sa victime et lui souffla son ordre maléfique. L’homme ne sembla pas réfléchir, il resserra subitement le pistolet qui n’avait pas quitté sa main et le porta à sa tempe. Je me précipitai :

« Non !! »

Il tira et s’effondra aussitôt aux pieds de mon ennemi.

Je me souviens parfaitement du hurlement de rage indigne d’un ange que j’eus à ce moment précis. Et je me souviens aussi du regard surpris du démon lorsque je me précipitai pour lui trancher la tête d’un coup bref.

 

*

 

Je mis un certain temps pour ressortir de la forêt.

Grâce à mon sens angélique, je retrouvai vite mes amis qui s’étaient retranchés au milieu d’un champ de culture éloigné de la bataille. Aussitôt atterri auprès d’eux, je demandai à Daniel :

« Tu vas bien ? »

— Oui, ne t’en fais pas. Je ne disparaîtrai pas aujourd’hui, je suis en train de récupérer. »

Il semblait effectivement avoir recouvré la quasi-totalité de ses forces, il était décidément très robuste et très courageux. Je l’admirais.

Aniel, notre robuste compagnon trapu à la barbe courte, s’approcha en marchant :

« Tu l’as eu, le sombre ? »

C’est comme ça qu’il les nommait.

« Oui, mais je n’ai pas pu … »

Je m’arrêtai au milieu de ma phrase.

Daniel reprit :

« Tu n’as pas l’air bien. Ça va, Nathan ? »

Je ne répondis pas.

 

5 réflexions sur “Les Contes Angéliques

  1. hmmm je n’ai pas réussi a accrocher avec cet unique chapitre donc je ne pense pas lire la suite :/ je verrais sa peut être une autre fois à l’internat
    ( Avis personnel : il y a trop de narration a mon gout ça rend le début de l’histoire long je trouve.. après c’est juste ça qui me dérange ) je suis pas trop habitué a lire autre chose que du LN aussi ^^

    J'aime

    • oui c’est plus pro, normal 🙂
      Pour les chapitres suivants, c’est sur les liens de Téléchargement GRATUIT dans la note!
      Les tomes sont toutes des histoires différentes et se suivent pas, le tome 2 commence en enfer 😉

      J'aime

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